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08/10/2010

Philippe de Fontaine Vive, VP de la BEI : « A titre personnel, j’ai signé à deux mains pour la création d’une Banque de développement de la Méditerrannée"

Voici une interview paru dans le "JMED"

Tous pays UPM | 4 octobre 2010 | src.leJMED.fr
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Philippe de FONTAINE VIVE.jpg

Marseille -

Vice-Président de la Banque européenne d’investissement (BEI) et « patron » de la FEMIP (Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat), Philippe de Fontaine Vive nous livre dans cette entrevue – réalisée en marge du Forum « Villes nouvelles en Méditerranée », auquel il participait la semaine dernière, à Marseille – son sentiment sur l’éventuelle création d’une Banque de développement de la Méditerranée, et qui pourrait être actée lors du Sommet UPM de Barcelone, en novembre prochain.

Photo ci-dessus : Philippe de Fontaine Vive, vice-Président de la BEI, « patron » de la FEMIP. © leJmed.fr - avril 2010


leJMED.fr – Monsieur de Fontaine Vive, vous avez participé au groupe d’experts de la Commission Milhaud, qui a planché sur la question de la pertinence, ou pas, à créer cette banque ad hoc pour la Méditerranée. Partagez-vous pleinement l’hypothèse qui ressort comme la favorite du Rapport de cette Commission, remis le 24 août dernier au Président Nicolas Sarkozy , à savoir la création d’une véritable Banque de développement de la Méditerranée, et adossée à la BEI, afin de la faire notamment bénéficier de la note AAA ?

Philippe de Fontaine Vive – Nous étions en effet dix experts, cinq français et cinq autres euro-méditerranéens. Mais, soyons très clairs : les instances de la BEI m’ont autorisé à participer à titre personnel à cette commission présidée par Charles Milhaud. C’est donc à titre personnel que je m’exprime à ce sujet… Alors, oui, à titre personnel, j’ai signé, à deux mains, en total accord, la recommandation privilégiée de faire de la FEMIP une filiale où la BEI détiendrait entre et 35 % et 50 % des actions, mais en ouvrant le reste du capital à l’ensemble des partenaires, européens et méditerranéens notamment, qui viendraient ainsi conforter ce que la FEMIP fait déjà aujourd’hui, en lui donnant plus de moyens.

leJMED.fr – Le Rapport a-t-il été bien accueilli par vos pairs ?

Philippe de Fontaine Vive – Ce rapport adopté à l’unanimité des experts participants a été rendu public et avalisé par le Président de la République française. Il a été aussi notamment diffusé, pour information, aux membres du Conseil d’administration de a BEI.

Il nous apparaît à tous sage, s’agissant d’un sujet de niveau politique – et que le Président de la République française Nicolas Sarkozy a déclaré vouloir mettre à l’ordre du jour du prochain Sommet de l’Union pour la Méditerranée qui se tiendra en novembre à Barcelone – d’attendre que les chefs d’Etats et de gouvernements se prononcent sur les orientations souhaitables, avant de prendre, nous, en tant que BEI, une position à cet égard.

leJMED.fr – Quels seraient « les plus » de la nouvelle entité au regard de l’actuelle FEMIP, que vous dirigez ?

Philippe de Fontaine Vive – Le partenariat euro-méditerranéen que nous connaissons depuis 1995 a l’avantage d’avoir fortement accru les relations entre l’Union européenne et les pays voisins de la Méditerranée, mais il présente l’inconvénient d’être vécu, par les pays du sud méditerranéen, comme étant un face-à-face déséquilibré entre d’un côté un bloc de 27 pays européens – plus la Commission – travaillant ensemble, et de l’autre côté chacun des pays sud méditerranéen, auxquels l’ensemble européen s’adresse séparément, sans que ces pays du sud soient « propriétaires », en quelque sorte, de la codécision…

Justement, l’esprit nouveau qui inspire le partenariat selon l’UPM, c’est de les rendre codécideurs. Et en termes financiers, être codécideurs, cela veut dire être coactionnaires. C’est la grande différence par rapport à l’actuelle FEMIP, dans laquelle les pays sud méditerranéens ne sont pas actionnaires.

leJMED.fr – Avez-vous des échos sur la perception du Rapport au sud ?

Philippe de Fontaine Vive – Ce que nous avons décidé de faire, c’est que les travaux de la Commission Milhaud continuent. Depuis la remise du Rapport, nous nous sommes déjà réunis une fois.

Nous acceptons aussi de nouveaux participants – M. Manuel Marin, ancien président espagnol du Parlement européen, s’est d’ailleurs joint à nous. J’espère aussi qu’au-delà du soutien de tous les participants – les dix experts cosignataires du Rapport – nous pourrons ainsi continuer à faire comprendre ce Rapport. Cela dit, je pense aussi qu’il est légitime que chaque pays réserve au Sommet ses prises de position sur cette question.

leJMED.fr – Partagez-vous l’optimisme de certains – par exemple Radhi Meddeb, Président de l’IPEMED – qui croient à la création certaine de cette Banque méditerranéenne de développement, lors du Sommet UPM de novembre ?

Philippe de Fontaine Vive – Je suis un optimiste raisonné ! Quand je signe quelque chose, c’est parce que je pense que c’est crédible. Mais, c’est aux actionnaires, au niveau des chefs d’États et de gouvernements, de décider s’il veulent poser un geste politique fort, ou s’ils préfèrent conserver les institutions telles qu’elles existent.

leJMED.fr – Nous sommes ici à Marseille, où vous participez au Forum international « Villes nouvelles » en Méditerranée. Dans votre intervention, vous vous êtes amicalement adressé au ministre algérien de l’Aménagement du territoire, Cherif Rahmani, en lui faisant une offre de services à laquelle il a d’ailleurs répondu positivement, échange que leJMED.fr rapporte par ailleurs dans cet article. Je présume qu’il vous est agréable de contribuer ainsi au réchauffement des relations franco-algériennes qui semble s’esquisser actuellement ?

Philippe de Fontaine Vive – Nous avons d’excellentes relations, personnelles et techniques, avec nos amis algériens. Mais, il faut savoir que depuis un certain temps l’Algérie a décidé de ne plus emprunter à l’extérieur. Il n’y donc plus de prêts extérieurs à l’Algérie, ni de la BEI ni de personne d’autre.

Ce que je propose aux autorités algériennes, comme je l’ai dit tout à l’heure au ministre Cherif Rahmani, c’est de lui rendre des services techniques, qui ne seraient donc pas des prêts, mais quelque chose qu’il pourrait acheter comme une prestation de services. Il a répondu « oui », il est ouvert, et donc je vais aller à Alger pour poursuivre la discussion.

leJMED.fr – Vous allez donc participer au grand mouvement du retour d’amitié entre la France et l’Algérie…

Philippe de Fontaine Vive – Moi, je crois que cette amitié ne s’est jamais vraiment perdue !

Entretien réalisé par Alfred Mignot pour leJMED.fr

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