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26/02/2011

Sarkozy enterre l’Union pour la méditerranée, ancienne manière

25 février 2011
Paru dans Le Monde.fr

Voyage déliccat pour Nicolas Sarkozy en Turquie vendredi 25 février. Sans surprise, lors d’une conférence presse avec le président turc Abdullah Gül, il a été interrogé sur le manque de vision dont il aurait fait preuve en n’investissant pas sur la Turquie aujourd’hui citée en modèle par la rue arabe. Une journaliste turque lui pose la question. Le chef de l’Etat français vante, un brin jaloux, auprès de M. Gül, les journalistes inconditionnels de leur pays. Mais en profite pour enterrer l’Union pour la méditerranée, ancienne manière, lancée en grande pompe à Paris en juillet 2008 avec les régimes autoritaires du bassin méditerranéen. « Il est temps de repenser l’idée que j’avais pour l’union pour la Méditerranée », concède M. Sarkozy, qui avait fait d’Hosni Moubarak le coprésident de cette institution et voulait installer son secrétariat à Tunis avant de se rabattre sur Barcelone. « L’intuition reste la même, mais on ne peut pas la construire de la même façon avec la rue arabe qui manifeste pour la démocratie alors que depuis la guerre nous avions des régimes autoritaires », affirme le chef de l’Etat. Des régimes avec lesquels « nous avions des relations parce qu’ils étaient laïcs et qu’il n’y avait pas d’alternative ». M. Sarkozy annonce qu’il demandera la convocation d’un conseil européen sur l’avenir de l’UPM et les relations de l’Europe avec le Moyen-Orient.

Arnaud Leparmentier

24/02/2011

La BEI soutient les transitions politiques au Maghreb et au Moyen-Orient



Le mouvement révolutionnaire qui s'amplifie dans le monde arabo-musulman force la diplomatie européenne à s'adapter rapidement. Dans le cadre des partenariats euromed (processus de Barcelone et Union pour la méditerranée) qui lie l'Union à sa rive Sud, la Banque Européenne d'Investissement (BEI) va renforcer son appui financier pour accompagner et soutenir la démocratisation des pays concernés.

Outre les différentes sphères d'influences européennes qui se projettent sur la rive Sud de la méditerranée, il existe depuis longtemps tout un cadre coopératif entre l'Union européenne et les Etats nord-africains. En fait partie le partenariat Euromed, plus connu sous le nom de Processus de Barcelone, auquel s'est superposée en 2008 l'Union pour la méditerranée qui est considéré comme une "alliance novatrice reposant sur les principes de la responsabilité commune, du dialogue et de la coopération et a pour objectif la création d'un espace de paix, de sécurité et de prospérité partagée dans la région méditerranéenne" rappelle le site du Service européen de l'action extérieure. Ce partenariat repose principalement sur une forte coopération économique et financière.

C'est en effet la Banque européenne d'investissement qui représente l'instrument principal de collaboration avec les Etats du Sud de la Méditerranée, en matière de développement principalement. A l'heure des révoltes populaires qui embrasent le monde arabo-musulman, "la BEI, bras financier de l'UE, s'est dite prête, mardi 22 février, à doubler ses prêts aux pays du Sud de la Méditerranée, à environ 6 milliards d'euros pour la période 2011-2013, afin d'aider leur transition vers la démocratie" [Le Monde].

Parallèlement aux atermoiements des chancelleries occidentales face au mouvement de fond qui traverse le Maghreb et le Moyen-Orient, Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la BEI croit à son action : "Nous voulons être présents tout de suite pour financer maintenant les besoins économiques pour que la désespérance qu'il y a dans la région ne cède pas le pas à une conflagration aussi économique et sociale (...) A l'heure actuelle, dans un pays comme la Tunisie, une liberté retrouvée peut permettre d'avoir un taux de croissance accru de 1 ou 2 % de point de PIB par an" a-t-il évoqué [Le Monde]. Réagissant à l'actualité tragique qui se déroule en Libye, M. de Fontaine Vive rapporte les propos du président de la BEI, Philipe Maystadt, affirmant que "la Banque n'a jamais été autorisée à agir en Libye".

De plus, pour mieux accompagner les réformes démocratiques dans les pays concernés, et affirmer son soutien à la nouvelle ère e qui s'offre à eux, "le Parlement européen a voté jeudi 17 février 2011, un amendement pour augmenter de 1,7 md€ le montant global des garanties accordées aux prêts de la Banque européenne d'investissement en dehors de la Communauté européenne dont 1 md€ pour financer les projets dans le bassin méditerranéen" [Euronostrum], "mais les gouvernements de l'UE doivent encore donner leur feu vert" note Le Monde.

21/02/2011

Pays arabes : des sociétés corsetées qui parviennent mal à exprimer tout leur potentiel de développement économique

Article publié dans "ECONOSTRUM"

Par Bénédict de Saint-Laurent, Conseiller scientifique, ANIMA


Pays arabes : des sociétés corsetées qui parviennent mal à exprimer tout leur potentiel de développement économique
L’Egypte est passée d’environ 18,5 millions d’habitants à la sortie de la 2ème guerre mondiale à plus de 85 aujourd’hui. Elle portera 111 millions d’habitants en 2030 (scénario moyen des Nations Unies). C’est un défi énorme, comme si la France de 2010 avait dû passer des 40 millions d’habitants de 1945 à 184 millions en 2010 (et 240 millions en 2030 !).

Quel casse-tête pour les gouvernants ! L’Egypte est à l’image de la rive sud de la Méditerranée.Même si le pays dispose de grandes et belles ressources –peuple, culture, sites, patrimoine, ensoleillement, positionnement sur le canal de Suez, pétrole et surtout gaz etc.-, il souffre aussi de fortes contraintes dès lors que ces ressources doivent être utilisées intensivement -espace agricole réduit, ressources en eau insuffisantes,environnement souvent sensible-, mais aussi d'une proportion élevée d’analphabètes, de retards technologiques, et d'un manque d’infrastructures.

Bien qu’assez diversifiée, l’économie reste plutôt basique (industries traditionnelles, textile, construction, métallurgie, chimie, engrais, logistique…), parfois fragile (tourisme), assez rarement à la pointe (sauf pour la téléphonie mobile, les médias, le cinéma…). Dans la plupart des secteurs, un modèle intégré de conglomérats d’origine familiale ou militaro-étatique domine l’industrie de façon peu créative. Le subordonné n’est guère incité à faire oeuvre d’imagination…

Dans ce contexte, la création chaque année du million d’emplois qu’imposerait le simple maintien d’un taux de chômage pourtant excessif est un vrai défi ! Les comptes extérieurs du pays sont déficitaires (balance commerciale de -25 milliards de dollars pour 2009-2010). Un Etat très centralisé n’a guère de marges de manoeuvre pour prendre des initiatives économiques fortes.

D’autres ressources ont pris le relais : les investissements étrangers (IDE) ont été considérés comme une solution majeure pour équiper et moderniser l’outil industriel national ; souvent qualifiés, les travailleurs émigrés ont à la fois diminué la pression sur le marché domestique du travail et transféré des ressources utiles pour la survie des ménages restés au pays; l’ouverture au tourisme international a été une réussite, malgré un impact mitigé sur l’environnement et la société.

Du point de vue strictement économique, un développement indéniable a été possible pendant la dernière décennie, d’ailleurs salué par le titre de « topreformer » attribué par la Banque Mondiale (Doingbusiness 2008) ou les performances obtenues en matière d’IDE. Ceci n’est apparemment pas suffisant. Tous ces efforts ont à l’évidence pesé sur la population, mais cette dernière, dans son ensemble, n’a pas reçu tous les dividendes de lamodernisation engagée –en particulier une classe moyenne ou étudiante fortement conscientisée par les médias et internet a eu le sentiment que les bénéfices étaient confisqués par une toute petite frange de privilégiés.

Pour prendre un autre exemple régional (Algérie), les flux sortants illégaux (argent de la corruption placé en Suisse ou ailleurs) équivaudraient selon certaines estimations à la somme des transferts de migrants, des IDE et des revenus du tourisme (soit environ 5 mds €) : dans ces conditions, pour les honnêtes travailleurs domestiques, à quoi bon créer de la valeur, si c’est pour qu’elle leur échappe pour l’essentiel ?

Faiblesse des libertés publiques
Par ailleurs, en Egypte, comme dans les autres pays de la rive sud, toute la croissance potentielle n’a pas été mobilisée au service du développement économique.
Certes, les pays sud-méditerranéens ont un art de vivre qui n’est peut-être pas, Dieu merci, compatible avec une croissance à la chinoise. Et certes, les 5% de croissance moyenne du PIB obtenus dans la décennie 2000-2010 constituent déjà une belle performance. Mais le potentiel réel de ces pays est sans doute plus élevé –autour de 7 à 8% de croissance annuelle-, pourvu que l’énergie des entrepreneurs puisse être libérée. Il ne s’agit pas ici de prôner un libéralisme intégral (vive le repos du dimanche… ou du vendredi !), mais de rechercher une croissance créant davantage d’emplois et surtout de s’interroger sur les pesanteurs de sociétés arabes excessivement « corsetées ».

Globalement en effet, les dirigeants (politiques,économiques…) en place sont assez inamovibles et surtout motivés par leurs intérêts propres à court terme. Pour accéder aux responsabilités, l’appartenance au bon réseau ou clan l’emporte souvent sur la compétence. Beaucoup d’administrations gardent une mentalité péagère -toute autorisation se paie. Les notions de service, de valeur ajoutée leur restent étrangères. Les financements bancaires au bénéfice des entreprises sont souvent inaccessibles ou discrétionnaires, en particulier pour les Pme et les start-ups. En dépit des évolutions de statut et des progrès en matière d’éducation, les femmes, les minorités religieuses, les étrangers, les jeunes etc. sont rarement des citoyens économiques à 100%.

Dans tel pays, les investisseurs étrangers se voient imposer un partenaire national à 51%. Dans tel autre, diverses importations anodines restent interdites. Dans tel autre encore (bientôt légion !), des sites internet pourtant utiles sont censurés. Cette mal-gouvernance (jamais à court d’humour, les Algériens ont inventé le terme d’ « algérance » et les Jordaniens disent qu’ils ont au moins appris à « développer le sous-développement »…) n’est pas l’apanage des pays arabes, mais beaucoup d’entre eux du moins cumulent faiblesse des libertés publiques et longévité de régimes autoritaires…

Libérer l’énergie des entrepreneurs, de la société civile et de la jeunesse, ce serait un beau programme pour les pays de la région. Car ces citoyens et ces jeunes sont une mine d’or, ils ont faim de connaissances, d’initiatives et de projets, ils aspirent à être considérés comme des adultes, et non à s’embarquer en desperados sur le premier canot en partance vers une Europe qui ne les désire même pas…Quel Mandela méditerranéen entendra le cri de la jeunesse arabe ?


Vendredi 18 Février 2011
Bénédict de Saint-Laurent

L'association Med-Econov ; "un espace de coopération"

Nadir CHOUDAR est membre de ".Med" et nos associations travaillent en coopération.


Nadir Med-econov.jpg


L'association Med Econov a été créée en janvier 2011

Que fait l'association ?
Elle a pour but de créer un espace de coopération et d'innovation entre les pays de la Méditerranée afin de stimuler le développement économique durable.

On accompagne les institutions publiques, privées et associatives dans différents projets.

De quel type ? La promotion de l'environnement auprès des états et des populations, de l'aménagement du territoire, de la gestion des ressources en eau, la lutte contre la désertification, la protection du littoral. On accompagne les entreprises françaises qui veulent s'implanter en ce sens en faisant des études de marchés, en leur facilitant les démarches administratives.


Vous bénéficiez de quels
soutiens ?
C'est l'ancien sous-préfet M. Huchet qui nous a donné l'impulsion. Je suis à Béziers depuis 19 ans, je travaille aux ASF, groupe Vinci et et j'ai la double nationalité. En décembre, je me suis déplacé à Alger à un séminaire américain, et j'ai établi des contacts avec les autorités et partenaires travaillant dans le domaine de l'environnement et du développement durable, des chefs d'entreprise, j'ai pu créer des relations avec des pays voisins, Tunisie, Mauritanie, Maroc.

L'association Med-Econov ; "un espace de coopération"

Nadir CHOUDAR est membre de ".Med" et nos associations travaillent en coopération.


Nadir Med-econov.jpg


L'association Med Econov a été créée en janvier 2011

Que fait l'association ?
Elle a pour but de créer un espace de coopération et d'innovation entre les pays de la Méditerranée afin de stimuler le développement économique durable.

On accompagne les institutions publiques, privées et associatives dans différents projets.

De quel type ? La promotion de l'environnement auprès des états et des populations, de l'aménagement du territoire, de la gestion des ressources en eau, la lutte contre la désertification, la protection du littoral. On accompagne les entreprises françaises qui veulent s'implanter en ce sens en faisant des études de marchés, en leur facilitant les démarches administratives.


Vous bénéficiez de quels
soutiens ?
C'est l'ancien sous-préfet M. Huchet qui nous a donné l'impulsion. Je suis à Béziers depuis 19 ans, je travaille aux ASF, groupe Vinci et et j'ai la double nationalité. En décembre, je me suis déplacé à Alger à un séminaire américain, et j'ai établi des contacts avec les autorités et partenaires travaillant dans le domaine de l'environnement et du développement durable, des chefs d'entreprise, j'ai pu créer des relations avec des pays voisins, Tunisie, Mauritanie, Maroc.

20/02/2011

L'UE révise sa politique d'aide aux pays du sud de la Méditerranée


De Yann OLLIVIER (AFP) – Il y a 10 heures

BRUXELLES — L'Europe engage à partir de dimanche une refonte de sa politique d'aide aux pays de la rive sud de la Méditerranée, accordée jusqu'ici avec trop de complaisance à des régimes autoritaires, avec comme point d'orgue une visite, mardi, de sa chef de la diplomatie en Egypte.

Les Européens, qui apparaissent à la traîne des Etats-Unis depuis le début de la vague de contestation dans le monde arabe ayant déjà balayé le Tunisien Zine El Abidine et l'Egyptien Hosni Moubarak, tentent désormais de remonter la pente. Même s'ils restent conscients que les Etats-Unis continuent à jouer les premiers rôles.

La haute représentante de l'UE aux Affaires étrangères, Catherine Ashton, devrait être le premier visiteur de haut rang à se rendre en Egypte depuis la chute du raïs, lundi soir et mardi.

"Les autorités égyptiennes souhaitaient que ce soit l'UE qui vienne en premier", souligne un diplomate européen de haut rang. "Elles ont apprécié que l'UE fasse preuve de plus de retenue que les Etats-Unis dans les pressions pour faire partir Moubarak", dit un autre. Mme Ashton fera le point au Caire des besoins d'aide de l'Egypte.

La question devait être dès dimanche soir à l'ordre du jour d'un dîner de travail à Bruxelles des ministres européens des Affaires étrangères. Ils entendent remettre à plat leur politique de soutien à leurs voisins du Sud, dite "politique de voisinage", et discuter ensuite lundi des mesures concrètes de soutien à la transition démocratique.

Pour l'Italien Franco Frattini, "l'Europe doit agir vite" en proposant un véritable "Plan Marshall" au monde arabe. Sinon, cela "conduira à plus d'immigration illégale, de terrorisme et de radicalisme islamiste", a-t-il averti.

Globalement, l'UE envisage de conditionner plus sévèrement ses subsides aux respect de l'Etat de droit et d'opérer une "différenciation" entre les pays.

Un document diffusé par Berlin propose ainsi de lier davantage l'aide européenne à "l'évaluation des progrès" sur le plan de la démocratie et des droits de l'homme et "à l'inverse de sanctionner les reculs" en la matière.

Plusieurs pays de l'UE riverains de la Méditerranée plaident aussi pour un effort accru en faveur des voisins du Sud.

"Les disparités d'enveloppes (des fonds européens) sont aujourd'hui difficilement justifiables et soutenables", estime un document cosigné par la France, Malte, l'Espagne, Chypre, la Slovénie et la Grèce. Il relève que l'UE donne seulement 1,8 euro par habitant et par an à l'Egypte, 7 euros à la Tunisie mais 25 euros à la Moldavie.

Le risque d'une redistribution des fonds, susceptible de se faire au détriment des voisins de l'ex-URSS, inquiète l'Europe de l'Est. La présidence hongroise de l'UE est déjà furieuse d'avoir dû renoncer à organiser en mai un sommet du "partenariat oriental" qui lie l'UE à l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Bélarus, la Géorgie, la Moldavie et l'Ukraine.

"Nous voulions à l'origine obtenir une augmentation des fonds prévus dans le cadre du partenariat oriental, mais à présent si nous parvenons à maintenir les montants inchangés ce sera déjà bien", commente un diplomate d'un pays d'Europe orientale.

Paris, Rome et les autres capitales de sud de l'UE veulent aussi tenter de relancer l'Union pour la Méditerranée, chère à la France mais enlisée depuis ses débuts du fait de l'impasse israélo-palestinienne.

"La crise actuelle pourrait être un stimulus pour rediriger l'UPM vers les projets concrets annoncés à son lancement", comme des autoroutes maritimes ou terrestres ou bien des projets d'énergies renouvelables, juge Franco Frattini.

L'UE a aussi décidé de mieux coordonner son aide avec ses partenaires internationaux: ce sera l'objet d'une réunion mercredi de hauts fonctionnaires à Bruxelles.

Quelle stratégie pour les ports de Méditerranée ?

Article paru dans ECONOSTRUM


Paradoxe ! Anvers et Rotterdam sont les deux premiers ports de Méditerranée. Pourquoi les ports du Nord parviennent-ils à capter les flux du Sud ? Meilleur hinterland, meilleure desserte terrestre, fiabilité … Les raisons à cela sont diverses. D’après les experts en transport, réunis à Marseille le 11 février 2011, les ports de la Méditerranée ont un rôle à jouer et des flux à capter. Reste à mettre en place en place une politique régionale des transports.



FRANCE / MÉDITERRANÉE. « S’agissant des trafics en provenance d’Asie, les ports du Nord se taillent la part du lion et les ports français ne sont pas très bien placés alors que la voie royale passe par le canal de Suez et le détroit de Gibraltar. Avec de bons services feeders à Malte ou à Algesiras, les armateurs gagnent du temps comparé aux transit-times du range Nord. Mais il ne suffit pas d’avoir de bonnes infrastructures portuaires, il faut vraiment des relais de transport par voie d’eau ou par le fer. Hambourg songe ainsi à gagner des trafics vers le Sud et compte sur la massification dans les ports secs », souligne Christian Reynaud, chercheur, expert en transport.

Dans les ports du Maghreb, seul le port de Tanger Med fait figure d’exception avec la création d’infrastructures de relai et de plates-formes logistiques pourvoyeuses de valeur ajoutée auprès des chargeurs. Les autres ports du Sud de la Méditerranée devront eux aussi se mettre en ordre de marche pour capter à la fois les flux et les redistribuer par d’autres modes que la route.

Création des réseaux transméditerranéens de transports
La bataille des ports se gagnant à terre, la révision des réseaux transeuropéens de transport (RTE-T) fait actuellement l’objet d’un véritable lobbying de la part des ports méditerranéens portés par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca). Un nouveau concept est né. Celui des réseaux transméditerranéens de transport (RTM-T).

« Avec l’Union pour la Méditerranée, la Commission a été contrainte de faire un pas en avant dans le domaine de la coopération dans les transports et désormais il est question de connexions entre réseaux européens et réseaux des pays du Sud. Du point de vue technique, le réseau existe et nous travaillons avec la Commission dans le cadre de l’extension des RTE-T. Nous devons établir une stratégie de complémentarité entre les différentes régions de la Catalogne à la Ligurie », lance Saki Acima, directeur général du Cetmo (Centre d’études des transports pour la Méditerranée occidentale).

Une macro région méditerranéenne
Dans ce contexte de rééquilibrage vers le Sud, la région Paca a proposé le 18 février 2011 en assemblée plénière une contribution régionale à la révision du RTE-T. En parallèle la question de la macro région Méditerranéenne est alors avancée avec pour objectif de faire converger les politiques communautaires pour une meilleure efficacité. Mais comment créer cette macro région méditerranéenne à l’heure où les pays du Maghreb subissent une (r)évolution historique et où le consensus politique semble difficilement envisageable ? L’échec de l’UpM en matière de cohésion politique en est une preuve.

En revanche, une coopération peut être trouvée dans les domaines de la sécurité, de la protection de l’environnement et également dans le développement des autoroutes de la mer même si celles-ci peinent toujours à démarrer. Stimuler des politiques régionales c’est possible. Saki Aciman en veut pour exemple la réussite des réunions bisannuelles 5+5 qui ont permis de « modifier la politique méditerranéenne de la Commission ».

Union pour la Méditerranée: c'est le moment !

Article paru dans "Le Figaro.fr"

Par Pierre Rousselin le 18 février 2011 15h25 | Lien permanent | Commentaires (12)

Depuis son lancement en juillet 2009, l'Union pour la Méditerranée s'est enlisée dans les conflits proche-orientaux. L'idée était pourtant prémonitoire. Au vu de la révolte arabe, le projet consistant à établir un partenariat égalitaire entre les deux rives de la Méditerranée, fondé sur des projets concrets, est plus nécessaire que jamais. Qui peut douter de l'enjeu que constitue la réussite ou l'échec d'une démocratisation du pourtour méditerranéen, en termes de stabilité politique, d'opportunités économiques ou de flux migratoires?

S'il était difficile de mobiliser les énergies pour aider des régimes largement corrompus, il devrait être désormais plus aisé de convaincre les Européens. Les détracteurs de l'UPM diront que ce n'est qu'une coquille vide dont les piliers étaient, justement, l'Egypte de Moubarak et la Tunisie de Ben Ali. Et bien, n'est-ce pas le moment de redéfinir l'UPM pour tenir compte du moment historique que traverse le bassin méditerranéen ?
L'ancien premier ministre réformateur algérien, Mouloud Amrouche, soulignait récemment à Paris que l'on ne peut demander à l'UPM de « résoudre les problèmes qui se sont accumulés depuis cinquante ans », le conflit israélo-arabe ou bien les divisions du Maghreb. L'actualité nous montre que les jeunes du monde arabe sont plus intéressés par leur avenir que par le passé, qui, lui, obnubile leurs dirigeants vieillissants.

C'est une occasion à saisir. Des élections ne suffisent pas à installer une démocratie. Il faut des institutions efficaces, des partis politiques qui jouent leur rôle, une administration autonome, une presse indépendante... Cela ne s'improvise pas. Qu'attend-on pour préparer des programmes en direction des sociétés civiles arabes pour favoriser une telle transformation ?

L'alternative serait de nous présenter comme une Europe forteresse, paralysée face à l'évolution du monde. Ainsi nous favoriserons ce que nous avons le plus à redouter : qu'après avoir balayé ses dirigeants, la révolte arabe se tourne contre nous. La France a un rôle particulier à jouer en ce moment historique pour le monde méditerranéen.

19/02/2011

la Banque Européenne d’investissement pourra financer la démocratisation en Tunisie ou Egypte


Ecrit par redaction Economies fév 17, 2011

A l’occasion de la révision du mandat externe de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), le Parlement européen s’est prononcé en faveur d’une utilisation accrue des prêts de la BEI en soutien aux mouvements de démocratisation au Sud de la Méditerranée, et appelle à la création d’une nouvelle institution financière pour la région.

A l’initiative des socialistes, le Parlement européen a ainsi approuvé l’octroi d’une enveloppe additionnelle de 1 milliard d’euros de prêts à destination de cette région. « C’est un premier pas encourageant, souligne Vincent Peillon, rapporteur en commission des Affaires étrangères sur ce dossier et responsable du suivi de l’Union Pour la Méditerranée. Cet argent doit aller prioritairement à des projets aux effets visibles et rapides sur les conditions de vie des populations ; dans cette optique, le soutien au micro-crédit doit être un axe d’action privilégié ».

Mais au-delà de ces mesures immédiates, les eurodéputés ont appelé l’UE à répondre aux changements historiques en cours en soutenant la proposition de Vincent Peillon de création d’une institution financière spécifiquement dédiée à la Méditerranée. « Après l’écroulement de l’ex-URSS, la création de la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement) avait permis de faciliter la transition économique et démocratique des pays de l’Est de l’Europe, rappelle celui-ci au nom de la Délégation socialiste française. Alors que la rive Sud de la Méditerranée est en train à son tour de reconquérir sa liberté, l’UE doit se montrer à la hauteur de l’enjeu en proposant rapidement, sur le même modèle, la création d’une Banque euroméditerranéenne de co-développement et d’investissement. »

Cette institution, en associant les pays partenaires au capital et à la gestion des projets, les rendrait ainsi copropriétaires et coresponsables de l’action menée sur place – ce qui avait alors grandement contribué au succès de la BERD. « Une telle initiative montrerait que l’Europe n’est pas condamnée à rester spectatrice et commentatrice de l’histoire en mouvement, et pourrait constituer le socle d’une relance nécessaire du projet historique d’une union entre les deux rives de la Méditerranée. En soutenant cette proposition, le Parlement européen envoie aujourd’hui un signal politique fort aux Etats européens et à nos partenaires du Sud », conclut Vincent Peillon.

L'UMA, mirage incontournable

Publié sur "Le Matin"
Publié le : 17.02.2011 | 18h46



L'acte fondateur de l'Union du Maghreb Arabe (UMA) a été signé solennellement à Marrakech, le 17 février 1989, par cinq chefs d'Etat : feu Sa Majesté Hassan II, l'ancien président de la République algérienne, Chadli Bendjedid, Mouamar Kadhafi, président de la Jamahariya arabe libyenne, l'ancien président de la République mauritanienne, Ould Taya et l'ancien président de la République tunisienne, Zine al-Abidine Ben Ali. Il y a donc vingt-deux ans que le Maghreb existe officiellement comme un groupement d'Etats et une explicite union des peuples.

Il y a donc vingt-deux ans aussi, mis à part quelques frissonnements, qu'il est demeuré lettre morte, enfoui dans les fantasmes de quelques propagandistes. Faut-il s'en réjouir ou en pleurer ? A présent, alors que trois pays du Maghreb sont confrontés à des tragédies sociales, devenues des drames politiques, la région semble - et pour cause ! - tourner le dos aux idéaux proclamés sur le fronton de l'édifice construit en 1989. Ce n'est pourtant pas faute de critères, de ferveur ou d'adhésion des peuples au principe de l'unité.

L'UMA avait pour vocation et finalité la construction d'un ensemble cohérent, d'une économie diversifiée et complémentaire. Elle se compose de cinq Etats qui, pour être différents dans leurs structures politiques, n'en ont pas moins la qualité d'appartenir à une même aire géopolitique, culturelle et religieuse. L'UMA abrite quelque 100 millions d'habitants, qui parlent la même langue, pratiquent le même rite religieux, s'identifient au même credo : celui d'un « nationalisme » régional qui se distingue des autres.

L'histoire commune des peuples du Maghreb a forgé la même conscience pour un développement intégré. Les richesses que la région recèle, au niveau des sous-sols, de l'agriculture, de l'énergie, de l'industrie et des échanges commerciaux lui confèrent un poids considérable. Si les richesses sont diversifiées, elles ne sont pas inégales, parce que l'agriculture, l'énergie, le pétrole, le gaz sont le fait de la nature, certes, mais le savoir-faire de l'homme, la technologie et l'ingénierie relèvent de l'homme. On peut dire, dans ces conditions, que d'un pays à l'autre, des rives de l'Atlantique jusqu'à la frontière égyptienne, ce ne sont ni les richesses ni les hommes qui font défaut à ce Maghreb qui, soixante ans après les indépendances, vingt-deux ans après la proclamation de l'UMA, en est encore au discours velléitaire de guerre et de la méfiance. C'est, comme il a été dit, le « Non-Maghreb » qui coûte des bagatelles d'argent et, surtout, paralyse l'action des dirigeants et plombe le destin de ses peuples.

Un ensemble maghrébin construit sur des bases de respect mutuel entre ses Etats, de rapprochement logique et laborieux entre ses peuples, est un groupement économique qui peut tenir la dragée haute à l'Union européenne, ou à tout le moins s'inscrire dans une dynamique de partenariat d'égal à égal avec elle. C'est aussi la force de proposition dans sa politique Sud-Sud, ou dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée qui, lancée dans l'euphorie, devrait trouver son pendant sur la rive sud. Le traité signé le 17 février 1989 à Marrakech avait tout prévu, de l'union politique à la constitution d'un ensemble économique avec, à la clé, un libre-échange, la libre circulation des hommes et des biens, les partenariats au niveau des entreprises, les joint-ventures, la protection des libertés, la levée des droits de douane, la promotion des secteurs ciblés et complémentaires, bref, un arsenal de dispositions qui, à vrai dire, ferait pâmer d'envie beaucoup de régions. C'est un traité précurseur, une profession de foi qui ne le cède en rien, en termes de créativité, aux autres ensembles dans le monde, encore que ceux-ci relèvent d'une finalité économique.

Qu'il ne fut pas réalisé, comme ses pères fondateurs l'avaient souhaité, le Maghreb est dans les têtes des peuples. Plus que jamais, il reste le mirage, le rêve inaccessible mais jamais oublié. Il est vraisemblablement la clé à tous les maux que la région connaît et auxquels elle est appelée à faire face. Peut-être devrait-on en prendre la réelle mesure, aujourd'hui plus qu'avant, parce que la célébration du 22e anniversaire de la signature du traité de Marrakech nous interpelle et nous montre qu'il n'est de voie salutaire que l'union. La mise en exploitation commune des richesses diversifiées et des potentialités des cinq pays qui composent le Maghreb, la valorisation de leurs ressources humaines, l'intégration des économies, enfin la volonté de parler un même langage, participent peut-être d'une utopie, mais jamais l'utopie n'a été si proche et si colletée à la réalité et au rêve.
Elle est aux peuples du Maghreb ce que le rêve de liberté et de progrès est à l'homme depuis Icare…